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dimanche 15 juillet 2012

SERGE LUTENS, L'ALCHIMISTE DES SENS




Magicien des senteurs qu’il fait fusionner avec la maestria des plus grands compositeurs, Serge Lutens est bien plus qu’un parfumeur de renom. Artiste aux multiples talents, il possède ce don remarquable permettant de donner une âme à ses créations qui ne peuvent être comparées à nulles autres tant elles sont singulières. Rencontre avec un être rare qui m'a ouvert les portes de son univers envoûtant situé au cœur du Palais Royal, à Paris.    







Monsieur Lutens, vous êtes connu du public pour être à la fois un grand créateur de parfums et de maquillage; vous avez également réalisé des films dont certains ont été récompensés par les prix les plus prestigieux. Comment vous définiriez-vous?

Je me définirais comme un être déterminé par le féminin. En ce qui concerne les choix qui m’ont mené là où j’en suis, ils ne sont pas vraiment conscients; on ne connait pas ses choix, on les reconnait, car ils se font savoir dès l’adolescence, ce qui est toujours un choc. C’est à ce moment de la vie que l’on découvre le résultat de ce choix que l’on ignore encore. Tout au long de notre existence, nous nous trouverons face à ce qui est en fait une conséquence de nous-mêmes.

Quel est le fil d’Ariane reliant les différents univers dans lesquels vous naviguez avec autant d'aisance depuis vos débuts?

Le féminin, choix originel. C’est ce qui permet à l’homme de créer. Chez la femme, c’est le contraire. Mais il est néfaste de s’enfermer dans des définitions, les étiquettes pétrifient l’individu.  

Le milieu de la cosmétologie et de la parfumerie est dominé par des ingénieurs et des chercheurs. En tant qu’artiste évoluant au centre d’une sphère particulièrement cartésienne, comment votre créativité et votre sensibilité parviennent-elles à donner une dimension quasi poétique à des produits comme le parfum et le maquillage? 

Nous sommes tous la «matière» de quelque chose et constituons le sujet de notre matière. Il est important de prendre en considération la définition, le choix initial, mais nous sommes déterminés par les domaines que nous abordons et qui vont nous modeler à partir du moment où nous entreprenons une action. Quelqu’un qui aime ce que vous faîtes se retrouve dans ce que vous créez. Quand je crée un parfum, je me trouve face à la mise en place des essences, mais ces essences ne vont plus m’appartenir. Un parfum digne de ce nom se compose de différentes essences de qualité. Ces dernières se déplacent et vous conduisent vers des chemins inconnus. Dans toute forme de création, il y a une part masculine et une part féminine, une part active et une part passive. C’est ce qui en constitue le fondement.

Vous serait-il possible de décrire le processus vous permettant de traduire une émotion sous forme de fragrance?

Le processus est le même en ce qui concerne les mots, les couleurs…. Il y a une notion qui vous échappe, qui est plus forte que vous. Nous sommes soumis à la matière, à la technique et à différents paramètres qui nous prennent sous leur emprise. Sans pour autant quitter le sujet sur lequel nous nous penchons, à un moment donné nous faisons preuve d’un relatif abandon qui permettra à la matière (peinture, écriture, essences…..) de s’exprimer pleinement. Lorsque les gens choisissent un parfum, ils choisissent une partie d’eux-mêmes faisant qu’ils se reconnaissent en lui. Il y a donc une certaine forme de ressemblance entre ce qu’ils sont et ce que je suis, du moins ce que je pense être au moment où je crée; ce qui demeure momentané car je passe très vite à autre chose.

Si vous deviez choisir une senteur afin d’exprimer l’amour, quelle serait-elle?

Je répondrais le non-choix. La passion vous conduit et fait qu’il devient très difficile de conserver son « quant à soi». On se perd et on se retrouve. Des gens de tous âges et de toutes sensibilités se retrouvent autour du parfum et de ce discours, qui à mes yeux, peut être qualifié d’originel car il va au-delà du temps. Dans mes créations je parle de moi, d’eux, et ils se retrouvent à travers l’histoire que je raconte, ce que j’exprime… On n’a jamais autant parlé de sensualité alors que nous vivons dans une société glaciale qui se force à afficher en permanence un bonheur feint par rapport auquel on ne peut que ressentir une terrible frustration.    

Au cours des dernières décennies, les produits cosmétiques ont considérablement évolué. Selon vous, que réservera l'avenir en matière de maquillage? Peut-on s'attendre à des innovations révolutionnaires?

Ce qui m’intéresse avant tout dans le maquillage est la manifestation d’une expression, d’une émotion. Au lieu de penser à l’avenir, je préfère me concentrer sur l’instant présent. Sur un plan technique, toutes les évolutions imaginables sont possibles du fait des incroyables avancées scientifiques auxquelles nous assistons.    

L’emploi des fleurs naturelles en parfumerie engendre des coûts de production particulièrement élevés; de ce fait, les molécules de synthèse sont employées de plus en plus fréquemment. Ces dernières permettent-elles de créer les répliques exactes des essences florales issues de la nature?

Il existe plusieurs types de synthèses. On peut évoquer la synthèse totalement artificielle qui recompose une odeur uniquement à partir d’éléments chimiques. Il y a également des synthèses qui remontent certaines pistes moléculaires originelles et parviennent à donner, au final, des résultats relativement naturels que la science permet d’analyser. Un parfum de synthèse peut être beaucoup plus onéreux qu’un parfum naturel, celui-ci n’étant pas forcément synonyme de qualité. On trouve aujourd’hui des éléments de synthèse absolument remarquables. Il est techniquement possible de réaliser un parfum entièrement synthétique. Cependant, il exaltera exactement les mêmes effluves d’une peau à une autre, alors que ce qui fait la qualité d’un parfum est justement son caractère unique dans le sens où il dégagera une impression différente sur chaque épiderme. C’est le PH cutané qui fait l’originalité d’un parfum une fois porté. La peau est vivante, elle évolue en fonction de nous, de nos émotions fondamentales. Si aucun élément naturel n’entre en jeu dans un parfum, il perdra toute sa personnalisation, ce qui, selon moi, est la pire des choses car le parfum en question n’aura plus de sens. Il y a du mystère dans le caractère organique des parfums. Même la science ne parvient pas à dévoiler ce secret; les appareils d’analyse et de mesure les plus perfectionnés sont souvent sans réponse face aux matières organiques alors qu’ils identifient systématiquement les molécules chimiques.            

Y a-t-il des projets vous tenant à cœur et que vous n’avez pas encore pu concrétiser à ce jour? Vers quelles perspectives d’avenir aimeriez-vous vous orienter?

Tout au long de mon existence, j’ai l’impression de n’avoir vécu que pour me mettre en mots. J’aimerais me consacrer à l’écriture, c’est ce qui pourrait apporter à ma vie le «quelque chose» m’octroyant la possibilité de «passer le pas» au sens propre comme au sens figuré: le pas grâce auquel on avance, et le pas au sens de la négation. Je souhaite être en mesure d’aller au-delà de ce «pas» synonyme de refus que j’ai toujours placé devant moi.







dimanche 24 juillet 2011

THERAPIES CELLULAIRES: UNE PROMESSE DE JEUNESSE ET DE BEAUTE



Alors que l'espérance de vie ne cesse de croître dans les pays développés, induisant un vieillissement inexorable des populations, les hommes cherchent à exorciser leur peur de la déchéance physique et de la mort. S'il fût un temps où vieillesse rimait avec sagesse, afficher les signes de l'âge apparaît aujourd'hui comme rédhibitoire au sein d'une société faisant l'apologie de la jeunesse. Parallèlement à cette mutation des mentalités, la science ouvre un nouveau chapitre de son histoire en tentant de percer les secrets de la création. Nous entrons dans l'ère de la génétique et de la médecine cellulaire, un monde fascinant qui permettra un jour de lire en nous comme dans un livre ouvert. Les médias, conscients de l'engouement du public pour les thèmes se rapportant à la lutte contre le vieillissement, se font régulièrement l'écho des dernières avancées scientifiques, passant parfois sous silence certains dangers dont chacun devrait être informé. Une révolution médicale est en train de se mettre en place, mais encore faudra-t-il faire preuve de la plus grande rigueur associée à une extrême vigilance dans l'emploi des connaissances ayant trait à ce qui détermine les fondements de la vie. En ouvrant cette boîte de Pandore, nous pourrions nous acheminer vers l'uniformisation universelle de l'humanité dépeinte par l'ethnologue Claude Levi-Strauss, récemment disparu, qui, en dépit du regard bienveillant et optimiste qu'il portait sur ses contemporains, ne cachait pas ses préoccupations par rapport à l'avenir.


Afin de faire le point sur les techniques de réjuvénation cellulaire et leurs applications, j'ai rencontré le Docteur Claude Dalle, spécialiste de la médecine anti-âge. 


  


Docteur Dalle, que sont précisément les cellules souches et quelle est leur fonction?


Découvertes il y a une vingtaine d'années, ce sont les cellules de la régénération par excellence. Omniprésentes dans le corps, elles proviennent de la moelle osseuse, du plasma, de la matière adipeuse. Elles servent à régénérer une partie de nos cellules lorsque leur stock devient insuffisant. Ce sont des cellules pluripotentes car elles offrent de multiples possibilités fonctionnelles. Les scientifiques commencent à définir les facteurs de croissance engendrant les mutations qui feront d'elles des cellules de coeur, de peau, d'os, etc.... Malheureusement, elles vieillissent avec nous. Lorsqu'elles proviennent d'un bébé, ces cellules conservent toutes leurs propriétés. En revanche, chez une personne âgée, elles sont plus rares; de plus, elles sont soumises au poids des ans au même titre que nos autres cellules et connaissent une érosion au niveau des télomères (les extrémités des chromosomes). Avec le temps, leurs capacités sont amoindries et le risque de cancérisation est accru. On s'est par exemple rendu compte que lors d'un cancer du sein, certaines catégories de chimiothérapies tuaient les cellules atteintes par la maladie mais pas les cellules souches cancéreuses susceptibles de provoquer des récidives. L'objectif à atteindre en matière de traitement du cancer est de cibler les cellules souches cancéreuses demeurant actuellement résistantes aux thérapies curatives. Un des principaux dangers inhérent à la manipulation des cellules souches est l'inoculation de cellules précancéreuses parallèlement aux cellules saines, car il n'existe encore aucune technique permettant d'effectuer une sélection destinée à écarter les cellules portant en elles des facteurs de développement tumoral.



Quelles affections les cellules souches sont-elles en mesure de traiter?


Il existe actuellement peu d'applications. Le diabète sera vraisemblablement l'une des premières maladies qui pourra être traitée par le biais des cellules souches, et cela dans un proche avenir. En injectant ces cellules à des patients, on arrive actuellement à recréer la matière constituant le pancréas; malheureusement, les résultats obtenus ne sont pas durables, ils se limitent à une période oscillant entre un et deux ans selon les sujets. Il y a également beaucoup d'espoir ce qui concerne la maladie de Parkinson.





Les cellules souches peuvent-elles être employées dans le cadre de la médecine préventive ou bien leur usage est-il exclusivement curatif?


Dans un premier temps, les applications seront uniquement curatives. L'avenir ouvrira certainement des perspectives révolutionnaires sur le plan préventif: il sera alors possible de détecter les anomalies génétiques et de les corriger. L'état actuel des connaissances ne nous permet pas de savoir dans combien de temps de telles techniques verront le jour, mais il nous faudra encore patienter car ce ne sera pas dans un proche avenir.





Comment se déroule l'administration de cellules souches à un patient? Quels sont les risques et les contre-indications de ces thérapies?


Le médecin prélève des cellules souches (dans le sang, la moelle osseuse, la graisse corporelle...). Il est alors possible de les trier, de les mettre en culture afin qu'elles se multiplient, puis de les réinjecter dans l'organisme. Pour citer l'exemple des essais concernant la maladie de Parkinson, on réinjecte les cellules souches dans la moelle afin qu'elles circulent dans le liquide céphalo-rachidien et atteignent les zones cibles exerçant une action sur cette maladie. Lorsqu'un patient présente une inflammation à un endroit précis, les cellules souches vont se diriger vers ce secteur. Par contre, dans l'éventualité où un malade serait victime de multiples inflammations disséminées à différents endroits, l'action sera moindre. A titre indicatif, chez un patient souffrant uniquement de la maladie de Parkinson, les cellules souches réinjectées se dirigeront en priorité vers les zones atteintes. Dans le cas d'un patient parkinsonien ayant, par exemple, une infection de la vessie, les cellules souches seront complètement déroutées et n'atteindront pas leur cible initiale car elles se répartiront de façon anarchique entre les différentes zones malades, ce qui bloquera leur action. Idéalement, il faudrait évaluer l'état de santé global du malade, notamment s'assurer qu'il n'a pas de pré-cancer, ce qui est loin d'être évident. Il faut savoir que le développement d'un cancer constitue le risque majeur induit par les thérapies à base de cellules souches. Lorsque les médias évoquent les cellules souches et leurs extraordinaires propriétés, ils ont tendance à passer sous silence ce facteur risque essentiel.





Selon vous, sera-t-il possible, dans les années à venir, de fabriquer de la peau, des dents, des muqueuses, voire même des organes à partir des cellules souches?


Les cellules souches pourront régénérer des organes dans un avenir relativement proche (notamment le coeur, la peau, la cornée) et, dans un futur nettement plus éloigné, en recréer intégralement.





Les thérapies cellulaires peuvent-elles améliorer le confort de vie des patients, notamment les plus âgés qui se trouvent confrontés à de nombreuses déficiences? Sont-elles en mesure de nous aider à vivre plus longtemps?


En l'état actuel des connaissances et de l'avancée des recherches scientifiques, ces thérapies n'apporteront pas de bénéfices aux patients les plus âgés. Lorsque les lésions sont installées depuis longtemps, les dégâts sont tels qu'il n'est pas possible d'obtenir une régénération. On pourra obtenir des résultats intéressants chez des malades n'ayant pas dépassé les premiers stades d’une affection; ce sera le cas, par exemple, d'un patient venant de faire un infarctus ou présentant les premiers signes de la maladie de Parkinson.


Lorsque la science parviendra à combiner la thérapie génique avec les cellules souches, il sera possible d'améliorer l'espérance de vie, mais ce n'est pas encore à l'ordre du jour même si les avancées de la recherche sont indéniables.





Que pensez-vous des parents qui font congeler le cordon ombilical de leur bébé afin d'en extraire des cellules souches qui pourraient être utilisées dans un but thérapeutique? Conseillez-vous ces techniques?


Mon opinion est nuancée. Ce principe est intéressant car les cellules souches sont pluripotentes, le champ d'application de leur pouvoir régénérant est très vaste. D'un autre côté, elles portent en elles des gènes erronés susceptibles de provoquer certains dégâts dont il sera difficile d'évaluer l'étendue en raison de notre méconnaissance en matière génétique. Les thérapies employant les cellules souches à bon escient devront être en mesure de leur octroyer une réelle potentialité, de bloquer la télomérase (une enzyme impliquée dans le vieillissement cellulaire qui joue un rôle déterminant dans la cancérisation des cellules) et de corriger les gènes afin d'éliminer, ou du moins bloquer, l'expression des "mauvais" gènes. A ce moment, nous obtiendrons des cellules dont les propriétés seront exceptionnelles. En l'état actuel de nos connaissances, faire congeler le cordon ombilical d'un nouveau-né me parait superflu dans le sens où cela n'apportera pas de réels bénéfices dans l'immédiat si les parents ou l'enfant lui-même se trouvaient exposés à une maladie. Le jour où la science aura percé le mystère des cellules souches, il est fort probable qu'il ne sera plus nécessaire d'employer le sang du cordon (cette méthode est interdite en milieu hospitalier, seule des sociétés privées la pratiquent).





Dans certains pays d'Asie, notamment en Chine et en Thaïlande, on trouve un nombre croissant de cliniques pratiquant des thérapies s'appuyant sur le prélèvement de cellules souches extraites de la moelle osseuse. Ces méthodes, très controversées dans le milieu médical en raison des dangers qu'elles peuvent induire (y compris un risque vital), sont censées soigner, ou du moins améliorer, l'état de santé de patients atteints maladies particulièrement graves comme le cancer ou la maladie d'Alzheimer. Comment vous positionnez-vous par rapport à ces thérapies et pensez-vous qu'elles soient un jour appliquées en France?


Ce sont des thérapies très dangereuses, d'autant plus qu'elles n'améliorent pas l'état des patients de façon significative et peuvent même occasionner une aggravation de leurs troubles. A l'heure actuelle, il n'est pas possible de soigner des malades du cancer, du SIDA ou la maladie d'Alzheimer avec les cellules souches. Ces traitements sont effectués "à l'aveugle" (ils ne sont pas contrôlés) en se basant sur un fait erroné, à savoir que les cellules souches sont saines; or ce n'est pas le cas car, comme nous l'avons vu précédemment, certaines d'entre elles sont cancéreuses (et cela est d'autant plus vrai chez les personnes ayant déjà eu un cancer).





Outre le domaine thérapeutique, les cellules souches sont également utilisées dans le cadre de soins esthétiques. Quelles sont les techniques employées actuellement, que peut-on en attendre et à quel type de patients s'adressent-elles?


Il existe deux méthodes: on peut effectuer une ponction osseuse pour prélever les cellules souches dans la moelle (ou procéder à un prélèvement de graisse), extraire les facteurs de croissance des plaquettes et les réinjecter. La seconde méthode est la voie sanguine. On prélève du sang au patient, ensuite on le centrifuge pour récupérer les plaquettes que l'on "éclate" afin d'en récupérer les facteurs de croissance qui seront réinjectés. Cette méthode présente l'avantage de moins solliciter les cellules souches, elle est donc plus sûre mais stimule les cellules cutanées de façon importante.


Une méthode que je préconise consiste à prélever de la graisse abdominale (riche en cellules souches) et à la réinjecter dans le visage avec des facteurs de croissance provenant du PRP (Platelet Rich Plasma). Du fait de cette combinaison naturelle et totalement autologue, les cellules souches de la graisse sont stimulées, la matière adipeuse se régénère mieux et présente une meilleure cohésion. Les résultats esthétiques sont particulièrement satisfaisants. Des essais sont en cours afin d'élaborer une association de PRP et d'acide hyaluronique; les résultats sont très attendus.


Les effets de ces techniques se limitant au niveau local, il est indispensable de maintenir un bon équilibre hormonal associé à une certaine hygiène de vie (alimentation saine, activité physique, contrôle du stress...) afin d'obtenir des résultats satisfaisants et de les maintenir dans le temps. 


Les patients peuvent bénéficier de ces traitements à partir de l'âge de 40-45 ans, en fonction de leur type de peau (variable selon le mode de vie - la consommation d'alcool et de tabac joue un rôle particulièrement négatif, tout comme les expositions solaires - d’autres facteurs interviennent également comme l'hérédité, l'équilibre hormonal...). 





Combien de séances de PRP sont-elles nécessaires en moyenne pour obtenir un résultat visible et à quel rythme doit-on les renouveler? Quel budget approximatif faut-il prévoir pour bénéficier de ces traitements?


Tout dépend de l'âge du patient, du terrain hormonal... Pour les femmes ménopausées sous THS (Traitement Hormonal Substitutif) dont l'hygiène de vie est soignée, deux à trois séances par an sont amplement suffisantes. Une séance dure une heure et son coût oscille entre 400 et 500 Euros. Les résultats sont visibles immédiatement.






Est-il possible de procéder au PRP sur un visage ayant déjà bénéficié d'injections d'acide hyaluronique et/ou de toxine botulique?


Absolument, on obtient de très bons résultats en effectuant du PRP sur des patients dont le visage a été remodelé avec des injections d'acide hyaluroniques ou du fat grafting. L'association de PRP et de toxine botulique améliore l'aspect de la peau mais ne modifie pas le produit injecté, en l'occurrence le Botox.





Quelle est votre opinion par rapport aux cosmétiques censés stimuler les cellules souches? (notamment une crème de fabrication russe qui a beaucoup fait parler d'elle et dont la commercialisation a été interdite en France au nom du principe de précaution).


Les crèmes de beauté élaborées dans le but d'exercer une action sur les cellules souches sont certainement peu dosées, dans ce cas on ne peut pas parler d'un quelconque danger.




Les injections de facteurs de croissance peuvent-elles provoquer l'apparition de tumeurs ou encore stimuler le développement de tumeurs latentes?


Je le pense, c'est pourquoi je refuse d'appliquer ce type de méthodes sur des patients ayant déjà eu un cancer. Un interrogatoire poussé ainsi qu'un bilan biologique et un screening de la carte génétique me paraissent indispensables avant d'entreprendre toute démarche nécessitant l'emploi de facteurs de croissance. 







Le renouvellement cellulaire induit par les cellules souches peut-il s'appliquer au traitement de la calvitie et des chevelures clairsemées? Est-il possible de réactiver des bulbes capillaires "en sommeil" ou morts?


Cela ne se fait pas beaucoup en Europe, mais au Japon il existe une technique de pointe qui consiste à employer les nombreuses cellules souches situées dans le bulbe capillaire pour générer trois ou quatre cheveux dans un même bulbe, ce qui rend la chevelure plus dense. Ce n'est cependant pas un traitement de la calvitie car lorsque les bulbes sont morts, on ne peut plus intervenir.





Certaines cliniques privées pratiquent l'injection de cellules souches d'origine animale (issues d'agneaux) dans un but esthétique. Les bénéfices sont-ils les mêmes qu'avec les cellules souches humaines et existe-t-il un risque de rejet?


Je suis formellement opposé à ces méthodes mercantiles qui ont pour conséquence d'inoculer à des humains des gènes d'origine animale, donc totalement étrangers à leur corps; nul ne peut connaître les conséquences de tels actes dans l'immédiat et au cours des années suivant la procédure.   





Pensez-vous que les thérapies cellulaires révolutionneront le monde médical du XXIème siècle? Quels débordements craignez-vous sur le plan éthique?


Une révolution est d'ores et déjà en marche, bien qu'elle en soit encore à ses balbutiements si l'on prend en compte les multiples perspectives qui s'offriront à la science. Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère, celle de la médecine prédictive que je commence à pratiquer; la prévention va certainement s'effectuer de façon toujours plus précoce par le biais d'un screening génétique des bébés, de ce fait l'apparition des maladies sera retardée. Sur un plan éthique, nous serons confrontés à un risque d'eugénisme qu'il sera difficile d'éviter. Cette nouvelle médecine, vecteur de nombreux bienfaits sur le plan de la santé, du confort de vie et de son extension, pourrait, à terme, mettre fin à ce qui fait la richesse de l'humanité: sa diversité et par voie de conséquence, son génie, fruit du mélange et de la mixité.



NDLR: Au moment où cet article a été rédigé, un communiqué officiel a annoncé que deux enfants atteints d'adrénoleucodystrophie, une maladie rare du cerveau, ont été traités avec succès grâce à une thérapie génique faisant appel aux cellules souches. Le mérite en revient au Professeur Patrick Aubourg, directeur d'une unité de recherche à l'Inserm et médecin à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Paris.






vendredi 22 juillet 2011

BELLE POUR L'ETE AVEC LA MEDECINE ESTHETIQUE




Bien plus qu'une simple enveloppe protectrice, notre peau révèle une partie de nous-mêmes: comme dans un livre, on peut y lire notre âge, nos excès ou nos coups de fatigue. Reflet de notre santé et même de notre état émotionnel (on sait aujourd'hui que de nombreuses maladies cutanées ont une origine psychosomatique), il nous est impossible de totalement la soustraire au regard d'autrui. Afin de faire le point sur les méthodes permettant d'entretenir, embellir et protéger la peau, j'ai rencontré le Docteur Dominique Denjean, dermatologue de renom spécialisée en médecine esthétique, qui m'a ouvert les portes son cabinet parisien.     

  

Avec les années, les femmes sont essentiellement préoccupées par l'apparition des rides et une diminution des volumes du visage qui tend à se creuser, tout comme les lèvres qui deviennent plus minces. Quelles solutions la médecine esthétique leur propose-t-elle?
 
Les injections de produits de comblement représentent l'une des meilleures solutions. Il existe sur le marché des substances résorbables et non résorbables. Un dermatologue digne de ce nom n'utilisera jamais de produits non résorbables; en effet, ces derniers constituent un réel danger, notamment sur le long terme avec le risque d'apparition d'un granulome définitif (réaction inflammatoire nodulaire dure formant une "boule" visible à la surface de la peau au niveau du point d'injection) pouvant apparaître à n'importe quel moment, même plusieurs années après l'inoculation. C'est ce qui s'est produit avec certaines injections de silicone qui ont provoqué des réactions très tardives après un délai de latence allant parfois jusqu'à vingt ans. En revanche, les produits volumateurs, comme l'acide hyaluronique (plus ou moins concentré selon les zones à traiter) peuvent être employés en toute sécurité et donnent d'excellents résultats. Le collagène est de moins utilisé car c'est un produit d'origine animale présentant des risques d'allergie. De plus, les problèmes suscités par la "maladie de vache folle" ont incité les patientes à dénigrer cette spécialité (que les laboratoires ont tenté de synthétiser sans obtenir de résultats probants. Une nouvelle forme de collagène synthétique devrait prochainement être mise à la disposition des dermatologues).



Peut-on faire confiance aux produits chinois, réputés pour être moins chers que l'acide hyaluronique produit par les grands laboratoires occidentaux?

En ce qui me concerne, je ne les utilise jamais et ne leur accorde pas ma confiance car leurs normes de sécurité et de contrôle (notamment bactériologique et viral) ne sont pas les mêmes qu'en Europe et en Amérique du Nord. De plus, ces substances sont généralement moins performantes que celles des laboratoires de renom. Les personnes qui le souhaitent peuvent s'informer auprès de leur médecin afin de connaître la nature de la préparation utilisée, cela fait partie de leurs droits. Dans le cadre de mon cabinet, j'indique systématiquement le nom et le numéro de lot des produits que j'emploie; outre l'assurance d'une traçabilité maximale, cela permet aux patients d'informer leur médecin afin que ce dernier puisse travailler dans des conditions de sécurité optimales: ainsi, un dermatologue consciencieux ne pratiquera jamais d'injections sur des produits non résorbables (cela risquerait de déclencher une inflammation); le fait d'avoir connaissance des actes ayant été effectués précédemment, éventuellement par un autre médecin, permet d'éviter certaines interactions indésirables.       



Existe-t-il des soins spécifiques adaptés aux mains et au cou, zones particulièrement révélatrices de l'âge d'une personne mais souvent difficiles à traiter? 
 
Ces zones sont délicates. L'action des crèmes est favorable mais demeure superficielle. Je recommande le mésolift à base d'acide hyaluronique non réticulé permettant de "repulper" les mains décharnées; une nouvelle sorte d'acide hyaluronique utilisable en injection sur les mains a récemment été mise sur le marché, mais dans la mesure où ne disposons pas de suffisamment de recul dans l'immédiat, il est préférable d'attendre afin d'avoir connaissance des éventuels effets secondaires susceptibles de survenir quelques mois après le traitement. Ces techniques permettent de compenser les pertes de volume, la qualité de la peau pouvant quant à elle être améliorée par le biais du laser ou des peelings. Quel que soit notre âge, ne négligeons en aucun cas la prévention qui permet de retarder les effets du vieillissement et les altérations causées par le soleil.



Quelles sont les dernières innovations en matière de soins du visage et du corps?
 
Par rapport au visage, je préconise le relissage fractionnel qui utilise le principe du laser CO2 (laser d'ablation ôtant la couche superficielle de la peau) mais dont l'emploi laisse de petites zones cutanées intactes, ce qui occasionne une récupération beaucoup plus rapide (environ une semaine, pas d'oedème, pas de suintement, récupération d'un aspect normal au bout d'environ 5 jours). Avec les lasers CO2 classiques, les suites étaient lourdes; en plus des inconvénients que j'ai précédemment énoncés, l'éviction allait de trois semaines à un mois et il existait un risque de dépigmentation que l'on ne retrouve pas avec le relissage fractionnel. Cette technique peut être utilisée sur des peaux de tous âges, types et couleurs (blanches, mates, asiatiques, noires.....). Pour le corps, il existe des lasers de raffermissement permettant d'obtenir des résultats intéressants, et cela d'autant plus qu'ils sont utilisés précocemment, avant que la peau ne soit trop relâchée.



La cellulite ou « peau d’orange» concerne une majorité de femmes, y compris les plus minces. La médecine esthétique propose-t-elle des méthodes permettant d'en atténuer l'aspect, ou mieux encore, de l'éliminer totalement?
 
Il est possible d'atténuer l'aspect de la cellulite mais pas de l'éliminer totalement. Les facteurs hormonaux ont une influence déterminante (90% des femmes ont de la cellulite alors que très peu d'hommes sont concernés, et lorsqu'ils le sont, cette cellulite demeure localisée sur la zone abdominale des personnes en surpoids). Avant de commencer à s'occuper de la cellulite en elle-même, il faut traiter les facteurs favorisants qui sont de nature:

- circulatoire (insuffisance veineuse, jambes lourdes...)

- hormonale (pilule contraceptive mal adaptée (il faut savoir que la contraception orale favorise la cellulite), désordres hormonaux liés à la ménopause, troubles endocriniens...).

Le sport, le drainage lymphatique manuel (effectué par un kinésithérapeute compétent formé à cette technique) et les lasers exercent une action favorable sur l'aspect de la cellulite. Quant aux crèmes dites "amincissantes", leur efficacité est très limitée et est d'avantage due au massage nécessaire à l'application qu'aux molécules entrant dans la composition du produit. 


Existe-t-il une technique permettant d’effacer les vergetures?

Malheureusement non. On peut atténuer les vergetures encore naissantes (de couleur pourpre) mais aucune technique ne permet d'obtenir de résultat probant sur les vergetures plus anciennes.


Toxine Botulique, filings, acide hyaluronique, mésothérapie,  hydrogel, silicone, collagène, correction des sourcils tombants… Quels sont les indications, avantages et inconvénients de ces différentes techniques?

Les techniques comme l'acide hyaluronique, la toxine botulique, le collagène, peuvent toutes être considérées comme fiables à condition d'être employées par des médecins qualifiés et compétents. Le silicone, produit définitif, est à bannir. L'hydrogel est obtenu à partir d'un mélange contenant des produits non résorbables, c'est pourquoi je ne l'utilise pas et le déconseille. La mésothérapie, dont la vocation est d'améliorer l'aspect de la peau, consiste en de multiples injections superficielles d'un "cocktail" de différentes vitamines souvent associées à de l'acide hyaluronique (dans ce cas, on obtient de meilleurs résultats car l'acide hyaluronique se comporte comme une éponge et gonfle au contact de l'eau présente sous la peau, d'où son effet "repulpant"). La toxine botulique a pour avantage de décontracter les muscles, ce qui permet d'obtenir un aspect reposé. Les filings pratiqués avec de l'acide hyaluronique ou du collagène permettent de combler les dépressions et de retrouver des volumes plus esthétiques. Le lipofiling ne concerne pas la médecine esthétique et n'est pratiqué que par des chirurgiens en milieu stérile (il s'agit de prélever la graisse d'un(e) patient(e) au niveau des parties charnues, de la passer dans une centrifugeuse spéciale afin de la séparer du sang et de la lymphe puis de la réinjecter; les résultats obtenus peuvent durer de deux à trois ans). Les sourcils tombants (chez les patientes d'un certain âge dont les paupières sont relâchées) peuvent être corrigés par une injection de toxine botulique qui en relèvera l'extrémité et "ouvrira" le regard; il faut toutefois veiller à obtenir un résultat naturel et nuancé.

Il faut savoir que, par précaution, les injections ne doivent pas être pratiquées sur des femmes enceintes. Les patients ayant des problèmes d'ordre immunologique, des cancers, ne doivent pas subir d'injections de collagène (en revanche, l'acide hyaluronique est autorisé). Lors de la consultation préalable, les patients ont le devoir informer leur médecin de leurs problèmes de santé et traitements en cours; pour vous donner un exemple concret, un patient sous anti-coagulants qui souhaite bénéficier d'injections sera prévenu des conséquences que ses médicaments auront sur l'acte esthétique, en l'occurrence d'importants hématomes qui persisteront une dizaine de jours. Dans ce cas précis, il ne s'agit pas de contre-indication mais de précaution; les médecins se doivent de communiquer à leurs patients toutes les informations nécessaires afin de les préparer à l'acte esthétique et à ses suites. J'ajoute que la toxine botulique est contre-indiquée en cas de myasthénie (maladie neurologique).                     


Qu'est-ce que la technique du fil russe (ou remaillage au fil d'or)?

Tout d'abord, cette intervention nécessite une anesthésie locale. Le médecin introduit dans le derme, en profondeur, perpendiculairement aux lignes d'affaissement du visage et du cou, un fil d'or qui restera en place trois à cinq ans. Je trouve préférable d'effectuer cette opération en milieu stérile afin d'éviter tout risque d'infection, c'est pourquoi je recommande de le faire faire par un plasticien qui dispose d'infrastructures plus adaptées que les cabinets médicaux. Il faut savoir que cette technique ne donne pas de résultats chez tous les patients, c'est pourquoi il vaut mieux être préparé(e) à un échec éventuel. Le but est de provoquer une fibrose pour combler la ride; cependant, en cas de fibrose trop importante, il peut y avoir des effets secondaires tels les granulomes. Il arrive que les patientes tolèrent mal le fil, dans ce cas le médecin devra le retirer, mais cela n'arrive pas couramment. 



Les résultats obtenus sont-ils durables? Doivent-ils faire l'objet d'un entretien une fois les soins achevés?

 Ils ne sont absolument pas durables, le vieillissement n'arrêtant jamais son processus, c'est pourquoi l'entretien doit être régulier tout au long de la vie (lasers de raffermissement, injections...). 



Que faudrait-il faire pour avoir une "peau de bébé"?
 
Ne nous leurrons pas: il est impossible de garder une peau de bébé jusqu'à notre dernier jour! Pour garder une peau belle et saine le plus longtemps possible, il faut appliquer quelques principes de prévention: éviter le soleil, le tabac, l'alcool, avoir une alimentation équilibrée et s'hydrater convenablement en buvant beaucoup d'eau (1,5l par jour).



Notre alimentation contribue-t-elle à améliorer l’état de notre peau? Doit-on privilégier certains aliments et en bannir d'autres? Existe-t-il un "régime de la beauté"?
 
Absolument! Il faut adopter une alimentation équilibrée privilégiant les fruits et légumes, les poissons gras, tous les aliments contenant des vitamines, des acides gras essentiels; il est préférable d'éviter les aliments riches en graisses saturés, les sucres. Parmi les aliments bénéfiques pour la peau, on compte ceux qui contiennent:

- de la vitamine A: jaune d'oeuf, foie, matières grasses du lait et du fromage.

- de la provitamine A (bêta-carotène): légumes et fruits colorés (carotte, potiron, patate douce, melon, abricot, mangue...).

- du zinc (qui prévient l'acné, la sécheresse de la peau et est indispensable à la synthèse des protéines): huîtres, fruits de mer, viande, foie, germe de blé, noix, noisettes.

- des acides gras essentiels (AGE): poissons gras, huiles de tournesol, lin, soja.

Le mode de préparation des aliments a également de l'importance: préférer les cuissons courtes afin de préserver les vitamines.

       

Les compléments alimentaires et les anti-oxydants sont-ils des alliés dans le cadre de la lutte anti-âge et la conservation de l'éclat de la peau?

Ils sont nécessaires en cas d'alimentation déséquilibrée (notamment chez les femmes qui se soumettent régulièrement à des régimes); veillez à ne pas dépasser les doses recommandées car certaines vitamines comme le rétinol (vitamine A) ou la vitamine D peuvent être toxiques si elles sont prises en excès. Je recommande de faire des cures régulières mais de ne pas les prendre en continu afin de ne pas saturer l'organisme. L'étude SUVIMAX a révélé que les compléments optimisent les apports alimentaires tandis que les anti-oxydants permettent de soutenir la protection de l'organisme. A partir d'un certain âge, le système immunitaire s'affaiblit, ce qui favorise la prolifération des radicaux libres dans le corps. Je recommande de prendre des compléments associant différents anti-oxydants (sélénium, vitamine C, vitamine A, vitamine E). 



Peut-on éliminer définitivement les taches brunes et les cicatrices d’acné?
 
Il est possible d'obtenir une amélioration de l'état de la peau, essentiellement par le biais du laser, moins superficiel que le peeling. Le laser fractionnel agissant plus en profondeur, il est d'une efficacité supérieure sur les cicatrices. On peut traiter les taches de vieillesse, la plupart des taches solaires mais pas les taches de grossesse (qui constituent un trouble de la mélanogénèse contre lequel nous ne disposons pas encore de solution radicale). Le peeling est relativement efficace sur le masque de grossesse tandis que le laser est déconseillé. Les femmes enceintes doivent éviter de s'exposer au soleil et utiliser un filtre anti-uv à indice maximal dont elles devront renouveler l'application régulièrement au cours de la journée.  



Que pensez-vous des traitements de « Roacutane»? Quels sont les contre-indications et les effets secondaires?
 
Ce médicament doit être utilisé en dernier recours en cas d'échec de tous les autres traitements. Il est efficace, mais nécessite d'être employé à plusieurs reprises la plupart du temps (deux ou trois fois selon les cas); un seul traitement ne suffit pas pour éradiquer l'acné. Cette substance engendrant des malformations du foetus, la grossesse est une contre-indication absolue, au point que lorsque l'on donne Roacutane à une femme en âge de procréer, on doit obligatoirement lui prescrire contraception orale (en France, la loi nous y oblige). Il existe des cas d'acné résistante et des rechutes qui nécessitent une prise supplémentaire. Les effets secondaires de ce traitement sont les suivants: peau extrêmement sèche et très irritable (plusieurs mois sont nécessaires à la récupération après arrêt de la médication), dépression (risque de suicide chez les adolescents dépressifs pour lesquels cette spécialité est contre-indiquée). Dès l'apparition des beaux jours, l'emploi d'un écran total est nécessaire.    



Les crèmes à base d’hydroquinone sont-elles dangereuses?
 
Elles peuvent l'être si elles sont utilisées à des concentrations élevées pendant de longues périodes (à un certain dosage, elles sont toxiques pour les cellules), c'est la raison pour laquelle elles ne sont plus en vente libre en France mais soumises à une prescription médicale. Utilisées sous la surveillance d'un médecin, elles permettent d'obtenir de bons résultats sur les taches brunes mais demeurent très irritantes.
 


En quoi consistent les peelings superficiels et la microdermabrasion? Que peut-on en attendre et à quel rythme doit-on les renouveler? 
 
Le but de ces techniques est de provoquer une desquamation douce et d'entraîner un renouvellement cellulaire (les cellules mortes s'accumulant en surface de la peau). Plus on prend de l'âge, plus le processus de renouvellement cellulaire se ralentit, c'est pourquoi il est bon de relancer ce système afin d'obtenir un véritable "coup d'éclat" effaçant le teint terne. Dans un premier temps, je préconise un peeling ou une microdermabrasion tous les quinze jours; après obtention des résultats désirés, une séance d'entretien tous les trois mois est suffisante pour maintenir l'éclat (sauf chez les fumeurs qui devront moins espacer les séances du fait de leur tabagisme).       



Que pensez-vous des peelings au phénol pratiqués par certains plasticiens sous anesthésie générale?
 
Pratiqué sous anesthésie générale par un plasticien (en bloc opératoire), c'est un acte extrêmement lourd qui peut entrainer de graves brûlures et présente un risque important de dépigmentation définitive. Les suites doivent également être prises en compte par les patients: la peau reste rouge pendant deux à trois mois, c'est pourquoi l'exposition au soleil est strictement interdite pendant les mois suivant l'intervention. En ce qui me concerne, je préfère les méthodes douces aux actes présentant des risques majeurs; bien qu'elles offrent des résultats moins spectaculaires, elles octroient aux patients l'assurance de ne pas se trouver face à des altérations cutanées graves et parfois irréversibles. 


L'épilation est un sujet concernant quasiment toutes les femmes, en particulier les méditerranéennes, souvent très brunes. Que penser de l'épilation au laser? Cette technique peut-elle être considérée comme définitive? Les séances sont-elles douloureuses?
 
L'épilation au laser donne d'excellents résultats chez les femmes brunes du fait de leur pilosité pigmentée. Il faut cependant choisir le laser adapté au type de peau (les carnations les plus claires ne seront pas traitées avec les mêmes appareils que les peaux très mates, métis et noires). Attention à ne jamais pratiquer ce type d'épilation sur les côtés des joues des femmes car cela stimule la pilosité (les dermatologues ont même constaté des phénomènes de stimulation à distance des zones épilées, souvent chez des femmes jeunes). Les préparations décolorantes ont également une influence sur les poils qui ont tendance à repousser en étant plus longs. De plus, il faut savoir que les duvets, mêmes bruns, répondent moins bien au laser que les poils dont le diamètre est plus important. En ce qui concerne le caractère définitif de ce type d'épilation, nous disposons pour le moment d'un recul de vingt ans, ce qui ne ne nous permet pas d'affirmer que les poils ne reviendront jamais au cours de la vie; pour cette raison, nous parlons d'épilation "longue durée". J'ajoute qu'il existe des troubles endocriniens pouvant stimuler le système pileux, tout comme certains traitements hormonaux contenant de la progestérone, des corticoïdes, de la testostérone.... La douleur induite par le laser est modérée et perçue de façon variable selon les personnes (et les lasers employés, car il en existe différentes sortes), cependant elle reste tout à fait supportable.
 

Quelle est la différence entre l'épilation au laser et celle effectuée avec des lampes (IPL)?

Les lampes se basent sur l'emploi d'une lumière qui va s'attaquer à une couleur (la mélanine, de couleur noire ou brune). Le laser, lui, consiste en une longueur d'onde unique qui va se focaliser sur une seule couleur (on dit qu'il est monochromatique, monodirectionnel), contrairement aux lampes qui visent plusieurs couleurs du spectre; la lumière de l'IPL, comprenant plusieurs longueurs d'onde, ne touchera pas exclusivement le poil mais également toutes les structures environnantes de la peau (y compris les vaisseaux) ce qui est plus dangereux car moins spécifique. L'IPL nécessite beaucoup plus de séances que le laser et les risques de brûlure sont plus importants. Personnellement, je considère les lampes comme inadaptées aux peaux mates. Les lampes à lumière pulsée sont plus adaptées à la réjuvénation cutanée qu'à l'épilation car elles traitent les petites taches, rougeurs et autres imperfections. L'usage des lasers est réservé aux médecins ayant reçu une formation adaptée, tandis que les lampes sont souvent employées dans des instituts de beauté (leur coût de revient est nettement inférieur à celui des lasers), ce qui peut avoir des conséquences graves, car comme nous venons de le voir, ces dernières peuvent provoquer des brûlures (le risque est accru si les appareils sont manipulés par des personnes inexpérimentées).


Quelle technique est la plus adaptée aux hommes qui souhaitent se débarrasser d'une pilosité superflue pouvant être gênante lorsqu'elle se situe dans des zones habituellement imberbes (dos, épaules...)?

Le laser, incontestablement. Les hommes ont cependant besoin de plus de séances que les femmes pour éliminer leur pilosité indésirable (les facteurs hormonaux n'étant pas les mêmes); en outre, il est préférable de commencer les séances à un âge plus avancé car le système pileux masculin ne se stabilise qu'à partir de la trentaine.

  

La saison estivale approche à grands pas, quels conseils donneriez-vous aux lecteurs pour entretenir leur beauté tout au long de l'été?

Avant tout: modérez votre exposition solaire et utilisez une protection adaptée! Pour synthétiser la vitamine D nécessaire à notre organisme, il suffit d'exposer au soleil votre visage, vos bras et vos mains 10 à 15 minutes par jour, mêmes aux heures les moins chaudes, à raison de deux à trois fois par semaine pendant la période estivale; cela constituera un stock de vitamine D dans lequel votre corps pourra puiser pendant plusieurs mois (il n'est donc pas nécessaire de passer des heures à "griller" sous les rayons). L'utilisation d'un écran solaire n'inhibera pas les effets bénéfiques du soleil qui "traverse" partiellement la protection. L'exposition entre 11h00 et 16h00 est déconseillée.

Les compléments alimentaires peuvent contribuer à la protection de la peau; dans le cadre des "allergies solaires", on donne aux patients des précurseurs de la vitamine A afin de préparer leur peau à l'ensoleillement. Veillez à toujours utiliser une crème solaire à indice adapté à votre phototype (plus elle est claire, plus il devra être élevé) et pensez à renouveler les applications toutes les quatre heures car ses propriétés diminuent sous l'effet de la transpiration et des bains (mer, piscine...). N'oubliez pas de boire beaucoup d'eau tout au long de la journée, même si vous n'avez pas soif. Privilégiez l'hydratation en dehors des périodes d'exposition et au retour des vacances afin d'aider la peau à récupérer son éclat.       


Le soleil est-il réellement un ennemi de la peau? Sommes-nous tous égaux face à ses rayons? Comment se protéger au mieux pour profiter de ses bienfaits en toute sécurité?
 
Le soleil fait effectivement partie des ennemis de la peau. En fonction de notre phototype (organisé sous forme de classement allant de 1 à 6), nous y sommes plus ou moins sensibles. Le phototype 1 correspond aux peaux les plus claires (de type caucasien), le phototype 6 concerne quant à lui les peaux noires très foncées. Le "capital soleil" des teints diaphanes est nettement plus limité que celui des peaux de couleur ébène. Les bébés et les enfants doivent être particulièrement bien protégés: des études ont démontré que les cancers de la peau se préparaient au cours de l'enfance; c'est en Australie que la fréquence des mélanomes est la plus élevée: l'ensoleillement y est très fort et un grand nombre d'habitants ont une peau particulièrement claire. La protection idéale comprend: chapeau, tee-shirt de couleur claire, et bien entendu écran total.



Préconisez-vous des soins "rentrée de vacances" permettant de réparer les agressions cutanées occasionnées par le soleil, la chaleur, l'eau de mer et le chlore des piscines?
 
On ne récupère jamais totalement d'une agression cutanée due au soleil. Il est possible de lutter contre la déshydratation par le biais de gommages, de l'emploi de crèmes adaptées, et en buvant beaucoup d'eau. En cas de coup de soleil, appliquez des crèmes apaisantes et cicatrisantes; quoi qu'il en soit, les dégâts cellulaires seront définitifs. Le bronzage peut être considéré comme esthétique, mais à long terme il endommagera la peau, lui donnant un aspect fripé parsemé d'irrégularités comme les taches brunes.