L'Homme, conscient de sa condition de simple mortel, a toujours souhaité échapper à la fatalité condamnant sa destinée. La quête du Graal fait partie de l'imaginaire collectif, et même si nous savons que les légendes de nos ancêtres demeureront à l'état de fantasme, nous nous surprenons à rêver de prolongement de la jeunesse et d'extension de la vie, à l'instar du personnage de Dorian Gray, dépeint par Oscar Wilde. Une discipline révolutionnaire, la médecine anti-âge, nous offre désormais des solutions concrètes pour ralentir les effets du vieillissement et vivre plus longtemps dans les meilleures conditions possibles, tant sur le plan physique que psychologique. Pour en savoir plus, j'ai rencontré le Docteur Annette Gadomski, spécialiste internationale de la médecine anti-âge.
Docteur Gadomski, comment définissez-vous la médecine que vous pratiquez?
La médecine préventive est une discipline permettant de prévenir et soulager les symptômes des maladies liées à l'âge, suite à une diminution de la production hormonale de notre organisme. Le processus de vieillissement s'opère de façon plus ou moins rapide selon les individus, en fonction de nombreux facteurs, comme nous allons le voir.
Quelles sont les principales causes de vieillissement? Sommes-nous tous égaux face à cette inéluctable dégénérescence naturelle?
Avec le temps, la production d'hormones sécrétées par nos glandes diminue. Or ces hormones sont indispensables au fonctionnement optimal de notre corps. La chute des taux hormonaux induit, au fil des ans, des dysfonctionnements de l'organisme. Les cellules se régénèrent de moins en moins bien, on assiste à une atrophie chronique des glandes qui se fibrosent et vieillissent. Ce vieillissement est soumis à des influences multiples:
- la génétique: l'hérédité joue un rôle non négligeable. Certains patients disposent de gènes permettant une production hormonale de qualité à plus ou moins long terme, ce qui leur ouvre l'accès à un confort de vie supérieur, permet de contracter moins de maladies du fait d'un métabolisme plus résistant, et de développer moins de troubles dus à l'âge grâce à de meilleurs taux d'hormones; de ce fait, par rapport à un groupe d'individus du même âge, la régénération tissulaire et osseuse est plus performante, la tension artérielle est mieux régulée, tout comme le taux de cholestérol (en vieillissant, le corps élimine moins bien les graisses), la circulation sanguine demeure satisfaisante.
- la pollution environnementale: tout polluant peut précipiter le phénomène de fibrose glandulaire, qu'il soit ingéré par voie orale (aliments, alcool, certains médicaments...), inhalé (pollution chimique, tabac, drogues...) ou déposé sur la peau (c'est notamment le cas de certains cosmétiques).
- les infections: qu'elles soient d'origine bactérienne ou virale (comme par exemple la mononucléose), elles peuvent affaiblir le métabolisme du malade et favoriser l'atrophie glandulaire, entraînant fatigue chronique, sensation de mal-être général mais aussi vieillissement prématuré, et cela à n'importe quel âge.
Outre la pollution, le tabagisme, l'alcoolisme et la consommation de stupéfiants, quels sont les éléments susceptibles d'accélérer le vieillissement?
Ces facteurs, ajoutés à ceux que j'ai cités dans la question précédente, constituent des éléments clés car ils précipitent le vieillissement. En revanche, le maintien d'une bonne hygiène de vie, qui passe entre autres par l'activité physique, l'équilibre alimentaire, le contrôle du stress, contribue à ralentir notre dégénérescence.
Quel est le rôle du patrimoine génétique? Permet-il de déjouer la nocivité de certains facteurs environnementaux?
Un patrimoine génétique "de qualité" octroie un confort de vie plus ou moins prolongé en fonction des individus. Le fait d'avoir un métabolisme équilibré, un système hormonal performant et un bon statut anti-oxydant, permet de diminuer la nocivité de certains polluants, mais il est malheureusement impossible de faire totalement abstraction des conséquences découlant d'une exposition, même sur un être sain.
Existe-t-il actuellement des traitements permettant de ralentir le processus de vieillissement ou de l'inverser sensiblement?
Il existe des traitements que l'on qualifie de substitutifs car ils consistent en un ajout de molécules bio-identiques, naturelles, sur un terrain présentant des carences; dans le cadre d'une substitution hormonale, on apporte à l'organisme une hormone de structure moléculaire identique à celle qu'il produit; ainsi, elle sera reconnue par le corps du patient de la même façon que les molécules synthétisées par ses propres glandes. En se basant sur des tests médicaux préalables, on comble les carences de façon équilibrée, afin d'atteindre un taux normal d'hormones dans le sang, le tout sans surdosage car cela provoquerait un dopage qui freinerait notre propre système hormonal. Il est essentiel que la thérapie de substitution ne freine jamais la production interne de l'organisme; si la limite est dépassée, il importe de ne pas freiner la synthèse hormonale au-delà de 10% afin d'éviter qu'en découle une limitation de notre production naturelle d'hormones lorsque le traitement substitutif n'est plus prescrit (c'est ce qui se produit suite à un dopage). On peut ainsi substituer de multiples hormones comme par exemple les hormones thyroïdiennes, sexuelles (masculines et féminines), surrénaliennes, hypophysaires, etc... Il est de plus en plus courant d'administrer aux patients de l'oestradiol, de la progestérone, de la testostérone, mais également de la DHEA, du cortisol, de l'aldostérone, de l'hormone de croissance (HGH), de la mélatonine ("l'hormone du sommeil"), de la prégnénolone ("l'hormone de la mémoire").... Nous nous concentrons actuellement sur l'étude d'autres hormones dont l'ocytocine (dite "hormone de la jouissance", qui joue un grand rôle dans la sexualité) et la mélanine, qui permettra de bronzer sans soleil. Nous sommes actuellement en mesure de combler la plupart des carences hormonales découlant de l'âge (à partir de trente ans) et de certaines affections. Des étapes particulières de la vie, comme la ménopause ou l'andropause, engendrent un déclin significatif de la production d'hormones, dont une des conséquences est l'accélération du vieillissement, car le processus de régénération du corps se ralentit; d'où la nécessité d'une thérapie substitutive permettant de limiter un déclin physique tant sur le plan externe qu'interne, chez des individus des deux sexes.
De quelle nature sont les examens pratiqués dans le cadre de bilans d'évaluation préalables à l'application d'un protocole de soins?
Il faut, en premier lieu, procéder à une anamnèse approfondie. On apprend énormément de choses en interrogeant les patients. Certaines plaintes peuvent provenir de carences hormonales, vitaminiques ou minérales. L'examen clinique est la deuxième étape. Le corps "exprime" les carences: en examinant le visage, la peau, les cheveux, les muqueuses, et en mesurant différents paramètres dont le poids et la tension artérielle, on constate que le physique peut révéler des manques, des déséquilibres, correspondant aux plaintes du patient. La troisième étape consiste en un bilan sanguin permettant une évaluation de l'équilibre hormonal, vitaminique, minéral, mais également métabolique. Il est malheureusement impossible de déceler toutes les carences hormonales car la production glandulaire fluctue tout au long de la journée, or la prise de sang n'est que le reflet d'un instant précis, c'est pourquoi il est important de procéder à une analyse d'urines récoltées pendant 24 heures; cet examen permet de mettre à jour et de quantifier tous les métabolites actifs produits par l'organisme du patient en dépit des différentes fluctuations ayant lieu tout au long de la journée (fluctuations nycthémérales). Ces trois étapes nous donnent la possibilité d'établir un diagnostic le plus complet possible.
Quels sont les contre-indications et les risques des thérapies hormonales?
Il y a peu de contre-indications. Quasiment toutes les personnes carencées peuvent bénéficier d'un traitement hormonal. En revanche, ces thérapies sont contre-indiquées chez les patients atteints de cancers hormonodépendants. On ne peut, par exemple, prescrire d'hormones mâles à un patient présentant un cancer de la prostate, car les récepteurs situés au niveau prostatique peuvent répondre à la stimulation induite par la testostérone. Chez la femme, les oestrogènes sont contre-indiqués en cas de cancer du sein; après la phase de rémission, il est nécessaire d'attendre que cinq années se soient écoulées, sans qu'apparaisse la moindre trace de récidive, et d'obtenir l'accord de l'oncologue, ou du gynécologue, avant d'administrer ce type d'hormones.
En ce qui concerne les risques des thérapies hormonales, il n'y en a pas si elles sont prescrites:
- au cas par cas, en prenant en considération les éventuelles contre-indications inhérentes au patient.
- en optant pour des formes bio-identiques, c’est très important.
- en sélectionnant une voie d'administration appropriée. La prise orale d'oestrogènes entraîne la production de métabolites cancérigènes, tandis que par le biais de la voie locale percutanée (application de gel ou d'un patch sur la peau permettant à la substance active de passer dans le sang) le taux de ces métabolites nuisibles est de 0%. Cela signifie que, bien dosées, les hormones de structure bio-identique n'accroissent pas les risques de développer un cancer (statistiquement, ces risques demeurent les mêmes que ceux encourus par une personne non traitée). Les surdosages sont identifiables sur le plan clinique: une peau grasse et une augmentation de la pilosité peuvent être le reflet d'un excès d'hormones mâles, un rythme cardiaque accéléré est susceptible de révéler un taux élevé d'hormones thyroïdiennes, etc... Un bilan biologique confirmera la nécessité de réadapter les dosages. Les risques de surdosage sont donc minimes sur le long terme. En outre, il faut savoir que les thérapies hormonales ont l'avantage de prévenir l'apparition de certaines maladies liées à l'âge.
Comment vous positionnez-vous dans la controverse liée au Traitement Hormonal Substitutif (THS) prescrit aux femmes ménopausées, et que recommandez-vous à ces patientes?
Je n'ai pas changé la façon dont je traite mes patientes. Le THS est prescrit à des femmes ménopausées souhaitant améliorer leur confort de vie au quotidien; cela se traduit par différents aspects:
- une diminution des bouffées de chaleur.
- un «mieux-être» émotionnel: les hormones ont une grande influence sur le moral et aident à lutter contre le syndrome dépressif lié au manque d'hormones sexuelles.
- un regain de dynamisme: un bon équilibre hormonal permet de se sentir en meilleure forme.
- la conservation d'une peau de qualité: plus souple, dense et élastique.
- le maintien d'une bonne ossature: le THS permet de prévenir l'ostéoporose.
Comme je l'ai indiqué précédemment, le traitement bio-identique et transdermal à base d'oestrogènes n'augmente pas le risque de cancer du sein. Il faut noter qu’avec l’âge, les probabilités de développer un cancer augmentent, et cela indépendamment du traitement. Qu’elle soit ou non sous THS, une femme de 80 ans aura plus de risques de développer un cancer qu’une patiente qui vient d’entrer dans la soixantaine. Dans la mesure où il existe un risque avéré en ce qui concerne les hormones prises par voie orale, je ne prescris pas ce type de traitement. *1
On parle beaucoup de la ménopause, en revanche, l'andropause demeure relativement méconnue alors que ce phénomène touche un grand nombre d'hommes aux alentours de la cinquantaine. Prescrivez-vous des traitements hormonaux constituant des équivalents masculins du THS? Quels sont les bénéfices de ces thérapies hormonales?
L'andropause est un phénomène naturel dont les manifestations sont plus discrètes et plus progressives que celles de la ménopause. A cette occasion, outre l’arrêt des menstruations, on note chez la femme un vieillissement accéléré, un mal-être physique du fait des bouffées de chaleur, une modification plus ou moins marquée de la silhouette, une baisse significative de la vitalité et des répercussions négatives sur le moral, tout cela de façon relativement précipitée. Du côté masculin, les changements apparaissent de façon moins brutale et sont donc moins ressentis. L'andropause peut s'installer à la quarantaine comme à la soixantaine, les cas varient en fonction des individus. Il existe un traitement hormonal substitutif, je traite d’ailleurs de nombreux hommes, généralement avec de la testostérone naturelle sous forme de gel liposomal à appliquer sur la peau, toujours dans le but d'éviter la génération de métabolites nocifs par le foie. Les traitements hormonaux améliorent la qualité de vie des hommes qui retrouvent:
- une bonne énergie de fond (comme c'est le cas avec les oestrogènes pour les femmes).
- une amélioration de leur force physique par le biais d'une masse musculaire plus développée.
- une plus grande confiance en eux: la testostérone a des répercussions sur l'humeur, le psychisme.
- une libido plus importante et une puissance sexuelle accrue.
- un meilleur confort articulaire.
Le THS permet de prévenir l'infarctus du myocarde en améliorant la circulation sanguine mais également l'ostéoporose, l'hypertension, la fatigue chronique, la dépression, l'impuissance.... Bien contrôlée, cette thérapie apporte de nombreux bénéfices aux patients.
A partir de quel âge est-il conseillé d'entamer une prise en charge médicale préventive? Les traitements administrés à des personnes jeunes donnent-t-ils de meilleurs résultats que chez les seniors?
En ce qui concerne les thérapies hormonales, il est préférable de commencer à traiter les carences à partir du moment où elles sont décelées. Je compte parmi mes patients des enfants qui nécessitent une prise en charge dès l'âge de deux ans parce qu'ils présentent des carences hormonales, notamment d'ordre thyroïdien, souvent héritées de leurs parents. Etant familiarisés avec les symptômes liés à ce type de troubles, ils sont à même de les reconnaître lorsqu'ils les voient se manifester chez leurs enfants. A un très jeune âge, les carences sont souvent peu nombreuses mais un traitement ciblé permet de retrouver un meilleur métabolisme.
Il n'y a pas d'âge précis pour entamer un traitement préventif, tout dépend de chaque individu, mais il est important de procéder à un premier bilan métabolique entre trente et quarante ans, en particulier lorsque le vieillissement commence à se faire ressentir par l'intermédiaire de certains signes comme une fatigue plus marquée, une moins bonne récupération, un sommeil de qualité amoindrie, des modifications physiques... Une prise en charge précoce permet de soulager les plaintes du patient et de mettre en place une stratégie préventive afin de retarder autant que possible les effets du vieillissement et d'éviter le développement de certaines maladies liées à l'âge. Plus les carences seront décelées tôt dans la vie, plus le traitement substitutif sera bénéfique, surtout si le patient est incommodé par les troubles relatifs à son état. Il m'arrive de recevoir des patients jeunes présentant diverses déficiences hormonales en dépit de leur âge; paradoxalement, je reçois également en consultation des individus de cinquante ou soixante ans avec de très bons métabolismes et de faibles carences. Chaque patient est unique et bénéficie d'une prise en charge personnalisée qui ne sera applicable à personne d'autre.
Les thérapies que vous prescrivez par voie orale ou injectable peuvent-elles être complétées par des soins locaux (notamment au niveau de la peau et des cheveux) relevant non pas de la cosmétique mais de la pharmaceutique, contenant certains ingrédients actifs comme par exemple des hormones?
Il existe sur le marché des crèmes à visée cosmétique contenant des hormones telles la DHEA, la progestérone, la mélatonine, mais les dosages employés ne sont pas toujours fiables. Des recherches sont actuellement en cours afin d'élaborer de nouveaux produits, plus sûrs et plus performants.
Quelle place la nutrition occupe-t-elle dans le cadre de votre démarche? Recommandez-vous à vos patients de suivre un régime alimentaire particulier?
La nutrition a une importance primordiale. C'est par le biais de l'alimentation que nous nous construisons jour après jour en puisant les nutriments, vitamines, minéraux, oligo-éléments essentiels à notre santé. La nutrition a une incidence directe sur tout notre organisme, y compris sur la production hormonale. Source de vie, elle peut également être à l'origine de certains troubles lorsqu'elle véhicule des polluants ou provoque des intolérances, comme par exemple l'intolérance au lactose, particulièrement courante, et susceptible d'affecter le confort quotidien.
Pour une personne en bonne santé, le régime alimentaire "idéal" comporterait des protéines nécessaires au maintien de la masse musculaire (viande, poisson, poulet, oeufs...), des légumes et des fruits riches en vitamines, minéraux et micro-nutriments, certains féculents comme les pommes de terre, du riz, des graines germées, des aliments «santé» comme le quinoa (riche en protéines végétales), sans oublier les graisses insaturées riches en acides gras essentiels indispensables à l'organisme (huile d'olive, de cameline, huiles de poisson riches en oméga 3, etc...). Je déconseille les produits laitiers, notamment pour des questions d'intolérance, tout comme le sucre et les céréales qui tendent à amoindrir notre production hormonale. L'hydratation est capitale, il faut boire de l'eau régulièrement, avant même d’avoir soif.
Les modes de préparation ont un impact sur la préservation des nutriments; il est recommandé de privilégier les cuissons lentes à température modérée aux cuissons rapides à feu vif. Cuire les aliments à la vapeur permet de profiter de leurs qualités gustatives et nutritionnelles. L'adjonction de matières grasses au moment de la cuisson est néfaste car les lipides brûlent au contact de la chaleur; ils deviennent toxiques et se comportent alors comme des agents cancérigènes. En dehors de ces quelques règles de base, chaque individu présente des spécificités et des intolérances dont il faut tenir compte afin de lui prescrire le régime qui lui conviendra le mieux. Il est nécessaire d'être à l’écoute de son corps: ressentir une fatigue importante ou des troubles digestifs après un repas, voir apparaître des éruptions cutanées après l'ingestion d'un aliment sont des signaux à ne pas négliger car ils témoignent d'une intolérance. Une modification du mode nutritionnel, qui passera par l’exclusion des denrées provoquant des réactions indésirables, se manifeste par une amélioration du bien-être général et de l'énergie dès les premières quarante-huit heures.
Certains aliments ont-ils des vertus protectrices? Peut-on parler de réelle nocivité relative à des denrées particulières?
Les fruits et légumes sont deux grands groupes d'aliments apportant des éléments indispensables à notre santé, comme les anti-oxydants qui nous protègent de l'attaque des radicaux libres et des mutations cellulaires. Malheureusement, les modes de production employés par l'agriculture intensive détruisent une partie de ces nutriments, tout comme les temps de stockage parfois longs. De plus, les engrais et pesticides avec lesquels sont traités les sols, les cultures, ne sont pas dénués de toxicité. Par rapport aux boissons, il faut toujours privilégier l'eau minérale qui peut être complétée par des jus de fruits et de légumes biologiques. Les boissons sucrées comme les sirops, les sodas, sont toxiques du fait des édulcorants de synthèse, des colorants, des substances acides ou de la caféine qu'elles contiennent. Dans un contexte indirect, il convient de signaler que certains conservateurs chimiques, certaines matières plastiques destinées à recouvrir les aliments ou encore les substances synthétiques dont sont composées les bouteilles d'eau ne sont pas dénués de toxicité, contrairement à des agents de conservation d'origine naturelle et à des matières minérales comme le verre. *2
Les radicaux libres et le stress oxydatif sont systématiquement évoqués lorsque les médecins parlent du vieillissement et des maladies qui y sont liées. De quoi s'agit-il précisément et quels sont les moyens de se préserver de ces réactions chimiques nuisibles à notre santé?
Les radicaux libres sont des molécules provoquant une oxydation cellulaire (NDLR: pour illustrer ce phénomène, on compare souvent ce type d’oxydation à la réaction chimique qui se produit lorsqu'un métal rouille). Cette oxydation est occasionnée par les polluants extérieurs mais aussi par les déchets que le corps produit. Les radicaux libres créent un stress oxydatif qui accélère le vieillissement. Les anti-oxydants permettent de limiter le phénomène d'oxydation et de retarder le vieillissement physique: vitamines A, E, C, zinc, bêta-carotène, sélénium, ubiquinol (co-Q10), etc...., ainsi que certaines hormones comme la mélatonine.
La sédentarité omniprésente dans nos sociétés favorise-t-elle le vieillissement prématuré? Quelles sont les activités physiques permettant à l'organisme de se maintenir de façon optimale au fil des ans, et à quel rythme faudrait-il les pratiquer?
Différentes études scientifiques ont démontré que le rythme de vie, le fait d'être actif professionnellement contribue à prévenir le vieillissement. Il en est de même en ce qui concerne l'activité physique mais à un rythme modéré. En effet, la pratique intensive d'un sport crée un surmenage qui ne pourra être compensé sur le plan hormonal, le corps étant trop sollicité par l'effort fourni, ce qui stimule le vieillissement au lieu de le limiter. Dans ce cas, il serait judicieux d'envisager une supplémentation hormonale afin de maintenir un équilibre intérieur optimal. Je recommande les sports permettant une récupération rapide, n'engendrant pas de douleurs physiques après l'effort, et qui ne provoquent pas d'essoufflement (signe de surmenage) lorsqu'ils sont pratiqués. Bien entendu, la pratique régulière et graduelle d'un sport permet d'accroître l'endurance et d'adapter le corps sans le traumatiser, contrairement aux activités qui demeurent occasionnelles. Il importe de choisir un sport que l'on aime et de le pratiquer le plus régulièrement possible, en tenant compte de nos disponibilités.
Le stress précipite-t-il notre dégénérescence? Différencie-t-on le stress chronique du stress occasionnel?
Le stress, perçu comme une agression, déclenche une production accrue de certaines hormones afin de nous permettre d'établir une stratégie de résistance. Un stress chronique peut induire un vieillissement prématuré en épuisant les glandes surrénales sollicitées régulièrement et sur le long terme. Si la production hormonale est satisfaisante, et si nous savons le gérer, le stress occasionnel peut ne pas avoir de conséquences néfastes. A l'inverse, sur un métabolisme faible, toutes les formes de stress, même occasionnelles, peuvent être comparées à des coups de poignard et affaiblissent les patients à mesure qu'elles se répètent au fil du temps.
Certaines maladies s'attaquant directement à nos fonctions cognitives et physiques, comme Alzheimer ou Parkinson, sont-elles irrémédiablement liées à l'âge? En maîtrisant certains mécanismes du vieillissement, la science pourrait-elle éradiquer ces pathologies?
L'âge n'est pas le seul facteur à prendre en considération. Il semble qu'il y ait également une intervention de certains facteurs toxiques ou polluants extérieurs, et des causes d’origine génétique. Ces maladies affectant des personnes d'âge mûr, elles témoignent d'une dégénérescence au niveau des cellules cérébrales. Le fait d'apporter au cerveau certaines hormones constitue un moyen de prévention, tout comme le fait de maintenir une activité intellectuelle et sociale, d'entretenir sa mémoire. Selon moi, il sera possible de traiter ces maladies, ainsi que beaucoup d'autres, par l'intermédiaire de la substitution hormonale et du ciblage des toxiques en cause; la "carte génétique" des malades pourra probablement fournir des informations sur les facteurs environnementaux susceptibles de jouer un rôle déclencheur dans le cadre de ces affections: carences, dégâts occasionnés par divers polluants, anomalies génétiques héréditaires, etc... Il sera alors possible d'agir de manière préventive et d'éviter le développement de certaines pathologies, notamment chez les sujets à risque.
Comment envisagez-vous l'avenir de la médecine anti-âge? Des thérapies basées sur l'emploi des cellules souches seront-elles accessibles aux patients dans les prochaines années?
La médecine anti-âge va se développer, ses champs d'application seront de plus en plus étendus au fil des ans. Il y a encore de multiples voies à explorer et je pense que nous pourrons aider à soulager un nombre croissant de patients, tout en prévenant l’apparition de nouvelles pathologies. Sur le plan hormonal, il y a encore beaucoup de progrès à faire dans des domaines très variés allant de la recherche sur la douleur chronique aux troubles de la sexualité. En ce qui concerne les cellules souches, des études sont menées par des médecins spécialisés dans différents domaines comme la rhumatologie (par rapport à la reconstruction de cartilages, d'articulations) ou la dermatologie (pour une réjuvénation cutanée). Ces techniques vont sans aucun doute se perfectionner de façon importante et étendre leurs applications dans les prochaines années, mais je ne les développe pas à titre personnel.
Depuis un peu plus d'un siècle, l'espérance de vie s'est considérablement allongée dans les pays industrialisés. Quelles en sont les principales causes? Selon vous, cette évolution va-t-elle se poursuivre, se stabiliser ou au contraire amorcer un déclin?
Aujourd'hui, la médecine a considérablement évolué, elle est en mesure de traiter certaines pathologies jadis mortelles. Parallèlement à cela, les traitements anti-âge substitutifs vont contribuer à l'allongement de l'espérance de vie, et apporter un certain confort aux individus afin qu’ils avancent en âge tout en se maintenant en bonne santé. J'espère que d'avantage de personnes pourront bénéficier des bienfaits des thérapies anti-âge, car s'il est vrai que les populations vivent de plus en plus longtemps grâce à la médecine classique, cela se fait souvent au détriment du confort de vie: nombreux sont les cas de patients grabataires, dépressifs, ou souffrant d'une asthénie chronique, voire de douleur chronique.
Que pensez-vous de certains groupes de scientifiques spécialisés en gérontologie qui prétendent qu'avant la fin du siècle, il sera possible d'obtenir une extension de la vie humaine allant jusqu'à 150 ans, voire de rajeunir indéfiniment l'organisme? Cette idée relève-t-elle de la science-fiction ou est-ce une perspective d'avenir s'inscrivant dans le domaine de la probabilité?
J'ai la conviction qu'il sera possible d'étendre l'espérance de vie humaine tout en apportant un plus grand confort de vie. Il est possible qu'un jour, des personnes de quatre-vingt-dix ans puissent jouir d'une qualité de vie identique à celle d'individus de quarante ans; dans ce sens, un "rajeunissement" serait envisageable dans le futur. Cependant, à l'inverse des scientifiques auxquels vous faîtes allusion, je ne me hasarderai pas à parler d'éternité; la mort demeurera un phénomène inéluctable, mais si on se place du point de vue de la médecine anti-âge, "mourir en bonne santé" serait un terme plus approprié pour définir le but à atteindre, même si nous en sommes encore très éloignés.
Quelles mesures simples pouvons-nous appliquer au quotidien afin de maximiser nos chances de vivre en bonne santé le plus longtemps possible?
Il est essentiel de s’occuper de soi, car nous nous négligeons fréquemment, et d'apprendre à s'aimer, à s'accepter. Cela passe par une bonne hygiène de vie, une alimentation saine, en prenant soin de son corps par le biais de la pratique d'une activité physique, de thérapies préventives comme celles prescrites par la médecine anti-âge, la médecine nutritionnelle... L'aspect psychologique est très important, développer des pensées positives améliore le quotidien. Des thérapeutiques de confort, comme le massage, peuvent procurer du bien-être et nous libérer de certaines tensions aussi bien physiques qu'émotionnelles. Faire ce que l'on aime, trouver un équilibre intérieur, ne pas se sentir opprimé dans la sphère privée ou professionnelle permet de limiter de façon importante le stress qui affecte le métabolisme. Il faut considérer notre environnement dans sa globalité car notre plénitude en dépend. Entretenir et développer les moments de bonheur dans une vie aide à rester en bonne santé. C’est un moyen de prévention efficace, à la portée de tous.
*1 NDLR: De nombreuses femmes ont renoncé au THS ou ont arrêté un traitement en cours après la publication en 2002 d'une vaste étude américaine intitulée WHI (Women's Health Initiative), largement médiatisée, révélant que le traitement hormonal de la ménopause exposait les patientes à un risque accru de cancer du sein et d'accidents cardiovasculaires. Or cette étude était fondée sur des sujets traités par une association à base d'oestrogène conjugué équin (issu de l'urine de jument) et d'un progestatif composé d'acétate de médroxyprogestérone. Ces données ne sont pas extrapolables aux traitements privilégiant les hormones bio-identiques administrés à des femmes en bonne santé sous contrôle médical régulier. En revanche, une grande étude Française du nom de MISSION, menée entre 2004 et 2006 chez plus de 6600 femmes, a montré qu'il n’existe pas de sur-risque de cancer du sein chez les femmes exposées au «THS à la française» par rapport aux femmes non exposées. Ce résultat a été confirmé lors de la standardisation sur l’âge par rapport à la population française.
*2 NDLR: Une étude allemande a révélé que le polyéthylène téréphthalate (PET), plastique employé pour la fabrication des bouteilles d'eau, de boissons gazeuses, d'huile, et recouvrant l'intérieur des briques de boissons de plusieurs marques, libérait dans les liquides des perturbateurs endocriniens susceptibles de modifier les fonctions sexuelles et reproductrices. Ce phénomène est accentué lorsque les matières plastiques en question sont exposées à des sources de chaleur (c’est ce qui se produit lorsqu’une bouteille d’eau est laissée à l’intérieur d’un véhicule garé sous le soleil; dans ce cas, la quantité de perturbateurs endocriniens présents dans l’eau est encore plus importante).
Par ailleurs, d'autres études ont indiqué que les revêtements anti-adhésifs recouvrant certains ustensiles de cuisson présentaient un risque s'ils étaient chauffés à plus de 300°C: ils peuvent dégager des vapeurs contenant une substance chimique potentiellement cancérigène, le tétrafluoroéthène (TFE), auquel s'ajoutent d'autres substances toxiques pour l'homme.
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